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LA LETTRE
ET LA PHOTO

Septembre 2021

 

 
 
Chroniques africaines

 

C'est la fin des vacances d'été pour les enfants qui habitent le centre*. La rentrée des classes devait avoir lieu lundi dernier. Elle a d'abord été repoussée d'une semaine, puis d'une autre. La crise sanitaire n'y est pour rien. Cela arrive. Ce type d'évènement est ici plutôt commun. Alors, puisqu'il le faut, la troupe prend la vie comme elle vient. Les plus petits s'amusent, seuls ou en groupe, à l'ombre du soleil puissant, sans prêter attention aux poules, aux chats et à Puma le chien. Les plus grands étudient, se reposent, rêvassent ; l'ennui et l'attente sont typiques de ces coins où loisirs et distractions ne font que peu sens... Les activités de tous sont régulièrement interrompues par la routine quotidienne qui les mobilise à loisir. Faire le ménage avant le petit déjeuner. Préparer le déjeuner. Préparer le diner. Du lever au coucher du soleil, c'est souvent la même journée qui se répète, tranquillement, sereinement. Les plus grands sont un peu frustrés cependant. L'année dernière pareil moment, ils étaient à Lomé la capitale, pour se distraire, revoir des amis ou de la famille. Cela ne pourra se faire cette année. Le prochain événement sera la rentrée.

 

Ces derniers jours, il a plut. C'est la saison des pluies. Encore un mois pour que ces terres rouges typiques de l'Afrique se gorgent de cette eau qui se fait rare ici. Au champ, ce sont principalement des légumes racines qui se cultivent – manioc, igname – ou des cultures qui résistent au manque d'eau telles que le sorgho ou le maïs que l'on consomme en farine pour préparer la fameuse Pâte, mets traditionnel de l'Afrique. Au champ, on pratique une permaculture qui ne dit pas son nom. Les variétés se côtoient, entourées des palmiers à huile si précieux par ici. Lorsque Fofo par au champ, il arrive qu'il y reste quelques jours d'affilée. Seul, dans sa cabane, il vit au rythme de ses cultures, du soleil et de sa fatigue. Pas de charrue, tout se fait à la main. Fofo doit avoir dans les 60 ans. C'est mon beau-père. Intelligent, curieux, trilingue, Fofo a choisit d'être cultivateur. Il a fait les comptes il y a longtemps. Il sait que cela rapporte plus qu'un emploi salarié ou d'enseignants si mal payés. Oh bien-sûr, tous les cultivateurs n'ont pas la richesse non perceptible de Fofo, son intelligence et son labeur quotidien doivent y être pour quelque-chose...

 

L'Afrique est vaste et diverse. En revanche, certaines traditions sont largement partagées de l'Afrique de l'Ouest, à l'Afrique Australe, en passant par l'Afrique de l'Est. La polygamie par exemple, est traditionnelle à la fois chez les chrétiens, les musulmans ou les animistes. Deux choses semblent être en jeu ici : la virilité de l'homme et sa capacité de production. Les hommes les plus respectés sont ceux qui ont le plus d'enfants, donc le plus de femmes. Certains princes ou hommes puissants dans l'histoire de l'Afrique ont eu jusqu'à plusieurs centaines de femmes ! Si la polygamie est désormais plutôt pratiquée en milieu rural (le modèle économique de la vie en ville étant très différent), elle y demeure pratiquée en marge, notamment par des hommes politiques qui auront des intérêts électoraux à avoir une femme éduquée en ville et une paysanne villageoise qui « fera campagne » autour d'elle. Fofo a deux femmes. L'une vit avec lui. L'autre dans une maison tout près de la première. Être polygame, c'est théoriquement traiter de manière égale ses femmes. C'est aussi leur donner les ressources pour son propre foyer (un lopin de terre à la campagne ; les femmes étant en charge de l'agriculture vivrière de subsistance des familles). Il y a 32 ans, Fofo a divorcé de sa première épouse qui l'a quitté, laissant deux enfants en bas âge derrière elle. Jusqu'alors, c'est le terme abandonné que j'utilisais pour désigner l'état de mon compagnon, l'un des deux enfants en question. Il avait été abandonné par sa mère disais-je. Maintenant que j'en sais plus sur les us et coutumes togolais, je sais que sa mère n'a pas eu le choix. Au Togo, traditionnellement, c'est le père qui garde les enfants de plus de trois ans si les parents se séparent. Je me dis qu'historiquement, c'était peut-être une façon d'éviter la fuite des femmes maltraités au sein des foyers... Manu (mon compagnon) avait lui huit mois au départ de sa mère. C'est donc dans un orphelinat qu'il est resté jusqu'à ses trois ans.


Vous avez envie d'actualiser vos connaissances et visions sur l'Afrique ? Je vous recommande les livres de Catherine Coquery-Vidrovitch, notamment Petite histoire de l'Afrique et  Les Africaines. Histoire des femmes d'Afrique subsaharienne du XIXe au XXe siècle.


Je suis jusqu'au 2 novembre au Togo, d'où je poursuivrai ces chroniques africaines.

Adeline



* Le centre que je mentionne en introduction a été créé à l'initiative de mon compagnon il y a dix ans. Il accueille et accompagne des enfants orphelins.

À BIENTÔT

**** Au plaisir de vous lire ****
de vous entendre
ou de vous voir.


Adeline




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Photographe, je suis basée à Nantes,
et travaille en France et à l'étranger.

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Adeline Praud - Auteure photographe · rue Haute Roche · Nantes 44000 · France

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