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LA LETTRE
ET LA PHOTO

Chroniques africaines 02

 


Bonjour !


Je suis venue ici pour travailler. Photographier. Faire naître des travaux dont je puisse être fière. Cela nécessite il me semble, outre la maitrise relative de la technique photographique, une bonne dose de lâcher prise, une compréhension de ce qui m'anime et, dans le cas d'approches documentaires, de ce que je veux dire ou défendre. Je suis venue avec des idées en tête, sachant que certaines seraient invalidées et que d'autres émergeraient. Depuis mon arrivée, j'ai principalement passé mon temps au village. Le temps s'écoule lentement ici. C'est très agréable. Ce début de séjour a presque le goût d'une retraite. Je lis beaucoup. J'ai ramené une petite dizaine d’ouvrages dont une bonne partie traite de l'Afrique et de la pensée décoloniale. J'ai mentionné dans ma première chronique les travaux de l'historienne Catherine Coquery-Vidrovitch qui sont à mon sens des lectures essentielles. Cette semaine, c'est Françoise Verges et Catherine Blondeau qui m'accompagnent avec Féminisme décolonial et Blanche.

 

Comme je l'évoquais il y a quelques semaines dans une précédente newsletter, photographier en Afrique est je pense un exercice ardu. Je ne fais pas mention ici d'approches photo-journalistiques importantes telles que les travaux de photographes comme Raymond Depardon, Gilles Caron ou Sebastiao Salgado lorsqu'ils ont photographié le biafra par exemple. (À ce propos, je vous recommande vivement L'autre moitié du soleil, le roman de la fabuleuse autrice nigérianne Chimamanda Ngozi Adichie). Mon approche photographique ne répond pas à une urgence. Elle s'inscrit dans le temps long d'une approche documentaire aux intentions supposément réfléchies.

 

Comment photographier l'Afrique sans renforcer certains stéréotypes, lesquels étant les fruits d'une histoire de prédation : esclavage, impérialisme et colonialisme ? Comment éviter l'hyper-sexualisation des corps noirs, l'approche paternaliste ou misérabiliste, le regard en surplomb d'une blanche donneuse de leçon ? Comment photographier en Afrique ?


Je travaille au village à une première série d'images. Celle-ci me ramène à nouveau vers les femmes au travail, dans ce cas précis, des femmes cultivatrices ewe (ethnie principale du sud du Togo).
 


Finalement la rentrée des enfants d'Ahépé a bien eu lieu ! C'est Jacqui et Georgette 
In extremis, Sylvie, la Tata directrice du Centre, a pu faire les derniers achats au grand marché de Lomé pour y trouver les cartables de chacun.e. Ce matin, à 6h15, les enfants vêtus de leur uniforme qu'ils appellent le Kaki posaient pour la traditionnelle photo de rentrée. Et ce matin en particulier, c'est moi qui a eu le plaisir d'officier. Hier soir, la préparation de cette rentrée a donné lieu à une séance de repassage, durant laquelle il a fallu que les plus grand.e.s apprivoisent le nouveau fer neuf et rutilant. Moi qui ne repasse presque jamais et qui n'aime pas particulièrement cela, je me suis retrouvée à animer une petite séance d’initiation. Chaleur chaleur. C'était drôle !

 

Dans la précédente chronique, je ne vous ai pas précisément expliqué comment fonctionne le Centre. Voici une présentation que je viens d'écrire pour le site internet que l'on va bientôt tricoter.

 

Le Centre accueille des enfants orphelins qui n'ont plus de proches parents capables de prendre soin d'eux. Il est situé dans le village d'Ahépé, au sud-est du Togo. Il a depuis peu une capacité d'accueil de 20 enfants. Tous sont scolarisés dès qu'ils sont en âge d'intégrer l'école primaire voisine. Une fois le bac en poche pour certain.e.s, ou bien lorsque le lycée ne constitue pas une voie adaptée, les enfants devenus adolescents partent à Lomé (la capitale) pour poursuivre leurs études ou apprendre un métier. Des familles d'accueil prennent alors le relais du centre jusqu'à ce que l'enfant désormais adulte puisse vivre de façon indépendante.


Au quotidien, cette joyeuse et studieuse communauté assure collectivement les tâches domestiques (cuisine, ménage, lingerie), enfin durant les vacances, car en période scolaire, pas d'aide en cuisine pour Sylvie qui doit assurer tous les repas et l'accompagnement des devoirs. Elle sera bientôt assistée par une nouvelle tata.

 

Au départ, l'orphelinat est le fruit d'une initiative individuelle pas vraiment réfléchit. Manu (mon compagnon), lorsqu'il a 18 ans, revient dans son village d'origine (Ahépé) après des années d'absence. Il est interpellé par des groupes d'enfants qui trainent toute la journée dans les rues autour de la maison de son père. Il se renseigne et apprend que ces enfants sont orphelins. Certains sont pris en charge par des tantes qui n'ont pas véritablement les moyens de les envoyer à l'école et de prendre soin d'eux. Avec l'accord des familles et après des enquêtes de voisinage, Emmanuel place 11 enfants chez son propre père. Ils y resteront 4 ans, le temps de développer le projet. Jusqu'en 2018, Manu assure financièrement les charges liées aux enfants (nourriture, santé, scolarité). Pour ce qui est de la construction des bâtiments et de l'achat des terres, l'histoire est différente. Sur les réseaux sociaux, Emmanuel fait la rencontre d'un étudiant français nommé Léo. Les deux jeunes se lient d'amitié. Ils sont à peine majeur et se lance dans l'aventure qui deviendra, 10 ans plus tard, le centre que l'on connait aujourd'hui, et ce, grâce à l'engagement de nombreux bénévoles que Léo fédère en France. Le centre est un work-in-progress. Il y a encore beaucoup à faire et à imaginer, et les possibles sont multiples. Affaire à suivre donc...


Je quitterai d'ici quelques jours le Centre pour un retour vers la capitale. Mon séjour se déploiera entre ces deux points de chute. À très vite !
Adeline
 

À BIENTÔT

**** Au plaisir de vous lire ****
de vous entendre
ou de vous voir.


Adeline




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Photographe, je suis basée à Nantes,
et travaille en France et à l'étranger.

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Adeline Praud - Auteure photographe · rue Haute Roche · Nantes 44000 · France

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