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Visualiser dans votre navigateur Vol 1 N° 5 
 
 
 
 
 
 

 

LE CAFÉ UN DON À L’HUMANITÉ

C’est la troisième fois que le réveil sonne, différer encore le lever c’est l’assurance d’arriver en retard. Tant bien que mal vous parvenez à vous extirper du lit... Les yeux gonflés et collés de sommeil, la démarche somnambule, vous vous acheminez vers la cuisine. Votre main, machinale, tâte l’intérieur du placard à la recherche du paquet salvateur. Une fois attrapé, vous en videz le contenu dans le filtre disposé la veille en prévision d’une somnolence devenue par trop chronique. Déjà, l’odeur qui se dégage de la cafetière vous ranime un peu. Les premières gorgées vous réconcilient avec cette journée qui peut enfin commencer. Et puisqu’à présent, vous êtes réveillés, nous vous emmenons pour un voyage fantastique aux résonnances pourtant très quotidiennes.    
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Les derniers caféiers du monde à l'état sauvage
LÉGENDE ET HISTOIRE DU CAFÉ  
 
Selon la légende, nous devons la découverte du café à un jeune berger nommé Kaldi. Il remarqua l’excitation fébrile qui agitait ses chèvres après avoir ingéré les curieuses petites baies rouges d’un arbuste inconnu. Interloqué, Kaldi apporta ces graines mystérieuses au monastère le plus proche. Les moines persuadés de la nature diabolique de ces fruits les jetèrent au feu. L’odeur qui se dégagea du foyer et embauma bientôt tout le réfectoire les enivra. Intrigués,  les religieux retirèrent les baies grillées du feu et eurent l’intuition de les broyer et de les faire infuser. Ils se délectèrent du breuvage, toute la nuit durant. Le café venait de naitre…
Bien que le caféier soit originaire de la province de Kaffa en Éthiopie, on doit l’organisation de sa culture et de sa diffusion aux yéménites aux alentours du XIIe siècle. La popularité irrésistible de la boisson a sans été doute favorisée par la prohibition de l’alcool par l’Islam. La plus grande partie du négoce se déroule alors à Moka, un port de la Mer Rouge. Le breuvage appelé K'hawah, (revigorant en Arabe) continue son expansion à travers tout l’Orient. Bientôt, les cafés, établissements où l’on partage la potion et les idées et où toutes les classes sociales se mélangent se multiplient en Egypte, en Syrie et ailleurs au point que les pouvoirs en place, invoquant la religion, pensent à interdire ces foyers d’agitation intellectuelle et de potentielle sédition. Le café qui échaufferait les esprits continue son irrésistible expansion. C’est à des marchands vénitiens et hollandais que l’on doit l’intronisation du stimulant en Europe. Là encore, des autorités ecclésiastiques œuvrent pour sa proscription arguant du fait de sa provenance de pays musulmans. Mais contre toute attente, dès que le pape Clément VII goûte la boisson, il estime qu’il serait péché de laisser une boisson si plaisante et miraculeuse aux seuls infidèles. Des lors, plus rien ne sera en mesure de s’opposer à sa propagation mondiale. Depuis la production du café, la deuxième matière première la plus échangée après le pétrole, s’étale sur environ 90 pays à travers le monde situés sur une bande entre le tropique du Capricorne et celui du Cancer et surnommée « la ceinture du café »  
Une petite pause buna 

LA CEREMONIE DU BUNA

Le  partage du « Buna » (café en amharique), symbole de l’hospitalité, dégusté en famille, entre amis ou en l’honneur d’un hôte ne se fait pas sans une cérémonie dans les règles de l’art. En Éthiopie, offrir du café à un invité représente un témoignage de respect et l’acte de socialisation par excellence. La dégustation du café suit un rituel bien précis. On répand au préalable des feuilles d’eucalyptus au sol, on fait brûler de l’encens et on dispose des minuscules tasses en porcelaine joliment décorées sur un petit plateau. Le café n’est pas torréfié à l’avance mais sous vos yeux. Les graines sont ensuite pilées puis infusées dans une cafetière en terre cuite, la « jebena », au-dessus du charbon de bois. Trois services s’ensuivent : Abol, le premier corsé, Tona, le second plus infusé et enfin Bäräkä, la bénédiction.

NOS DEPARTS GARANTIS

À observer ce cérémonial si codifié, on pourrait aisément croire la consommation du café ancrée depuis des millénaires. Pourtant sa propagation à toute la société demeure un phénomène très récent. Ce rite aux racines animistes flagrantes se perpétua dans l’Islam. Cette cérémonie était censée prémunir les habitants contre les zhărs, esprits vivant parmi les gens, ayant certes la capacité de les protéger mais bien plus souvent la volonté de leur nuire et de les posséder. Et si vous observez attentivement, vous décèlerez les signes d’apaisement qui leurs sont adressés. L’herbe fraiche étalée à profusion sur le sol l’est pour eux qui vivent dans la nature, l’encens consumé pour leur plaire et les enivrer, la tasse supplémentaire disposée sur le plateau, le café servi à ras bord des tasses sans souci des éclaboussures pour que le plus humble des zhărs ait lui aussi l’occasion de se désaltérer… Le clergé éthiopien a longtemps interdit aux croyants cette pratique impie, les incitant plutôt à boire du thé ou de la tella (bière de teff ou d’orge) et cette cérémonie n’a donc été incorporée que tard, vers 1890, dans la culture chrétienne à la suite des conquêtes d’unification du pays par Ménélik II.

Récolte de café, l'or vert à Yirgalem 
Le café est un des piliers de l’économie de l’Ethiopie, septième producteur mondial mais second exportateur Bio, et un sujet de fierté nationale. Si, ici, toutes les méthodes de productions cohabitent, c’est le seul pays au monde où le café pousse encore  à l’état sauvage à l’ombre des forêts tropicales. À l’instar des grands crus fleurissant dans les cépages français, le café comprend des méthodes de récolte différentes, ses spécialistes et une infinie variété de saveurs. Le « Sidamo », doux à l’arôme puissant, l’acidité et les fragrances parfumées de l’ « Yirgacheffe », la sensation légère d’épice que vous laisse sur le palais le « Limu », le « Harar » réputé pour être le meilleur café séché du monde, etc. Venez vous-même sur place vous délecter à loisir de ces subtilités indescriptibles 
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