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Sylvie Goulard | Députée européenne
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Grèce : la France et l'Allemagne doivent clarifier la finalité du projet européen


Par Sylvie Goulard, publié le 14/07/2015

Pour Sylvie Goulard, députée européenne de l'ADLE (Alliance des démocrates et libéraux pour l'Europe), si François Hollande a fait preuve de clairvoyance sur le dossier grec, il est confronté à trois défis : en France, en franco-allemand, en Europe.

 

Le Président de la République a eu raison de défendre l'intégrité de la zone euro. Au moment où la crédibilité du projet européen vacille, il est utile de rappeler au reste du monde le principe d'une «union sans cesse plus étroite» et de couper l'herbe sous le pied des populistes, prompts à se réjouir des divisions ou à prôner l'éclatement.

Si François Hollande a fait preuve de clairvoyance, Angela Merkel n'a pas manqué de courage car son opinion publique est opposée à un nouveau plan de secours. L'issue des votes dans les Parlements nationaux n'est pas certaine. En tout état de cause, il est heureux que la Chancelière et d'autres responsables européens aient été très exigeants. Contrairement à ce qu'on a pu entendre en France, la question était moins de «garder Platon en Europe» que de redresser un pays en grande difficulté auquel des dizaines de milliards ont déjà été prêtés. La Grèce est loin d'être tirée d'affaire. Sans efforts drastiques ni respect des règles, la vie en commun n'est pas possible. Une fois encore la relation franco-allemande a produit, dans la douleur, un certain équilibre dialectique.

 

Maintenant, François Hollande est confronté à trois défis: en France, en franco-allemand, en Europe.

Même si la France n'est pas dans la situation de la Grèce, elle ne peut pas durablement refuser de faire ce que les fonctionnaires de Bercy ont recommandé à Athènes. La dette française, en forte augmentation depuis 2007, représente déjà près de 100 % du PIB. Le chômage ne baisse pas, la balance commerciale est dégradée. A l'exception de la réduction des dépenses de défense, le programme que Bercy a inspiré serait particulièrement bénéfique pour la France: réforme des retraites portant notamment l'âge de départ à 67 ans ; revue des innombrables niches qui nuisent à l'équité fiscale (entre autres, les exemptions fiscales «pour les îles» comme… la Corse et l'Outre-mer?) ; augmentation de la TVA sur la restauration (la baisse décidée par Nicolas Sarkozy en 2009 ayant grevé le budget de l'État français de plusieurs milliards par an, pour des contreparties décevantes) ; ouverture à la concurrence des professions réglementées (bien au-delà de ce qui a été envisagé dans la loi Macron) ; réforme du marché du travail ; privatisations pour désengager l'État.

Ce gouvernement, comme les précédents, a toujours refusé de procéder à un assainissement budgétaire vigoureux au motif qu'il risquerait de «casser la reprise». Les autorités françaises n'ont jamais osé s'attaquer sérieusement aux rigidités du marché du travail. Ces erreurs combinées nourrissent le chômage et la pauvreté. Pendant ce temps, l'Espagne par exemple, qui a pris des mesures choc, a un taux de croissance supérieur à la France et, même si de grosses difficultés sociales persistent, voit son horizon se dégager.

Le deuxième défi concerne la relation franco-allemande. Ces derniers mois, elle avait déjà souffert du manque de vision stratégique que révèle par exemple le volet linguistique de la réforme des collèges. En se rapprochant des Grecs, les autorités françaises ont pris le risque de s'éloigner encore de Berlin. François Hollande veut-il être durablement vu comme le chef de file des pays laxistes, opposé à Mme Merkel? Les conséquences seraient catastrophiques pour l'Europe et pour l'image de la France. Les mois à venir devraient être consacrés à renouer les liens. Une brouille durable serait d'autant plus paradoxale que, derrière le soutien de façade à un trublion d'extrême-gauche, François Hollande s'est finalement rallié à un accord très orthodoxe. On aurait même rêvé quelques mesures innovantes: un plan européen de lutte contre la pauvreté ou plus d'investissements verts.

Le dernier défi consiste à inventer une gouvernance plus démocratique de la zone euro. La gestion intergouvernementale, derrière des portes closes, est désastreuse. Elle dresse les peuples européens les uns contre les autres au lieu de faire comprendre à un Grec démuni qu'il est plus proche d'un salarié allemand modeste, contribuant aux plans de secours, que d'un compatriote armateur échappant au fisc. Elle aboutit à des exercices démocratiques séparés, aussi théâtraux que vains. Il est triste qu'au nom de l'Europe, la France se soit posée en alliée d'un gouvernement grec qui n'a guère montré d'esprit européen. Loin d'être démocratique, le référendum unilatéral a privé du droit de s'exprimer plus de 300 millions d'Européens concernés! Cette manœuvre a traité des partenaires comme s'ils étaient des adversaires et in fine, sous la pression de la nécessité, Alexis Tsipras a renié la volonté des électeurs grecs.

Il est temps d'accroître la démocratie au niveau où les décisions sont prises. François Hollande aurait pu faire des propositions concrètes en donnant par exemple au Parlement européen, qui a son siège en France, un rôle plus actif. Pourquoi ne pas en faire l'enceinte de débat public, transfrontière? Pourquoi ne pas lui confier un suivi rigoureux, transparent du programme grec?

La France peut occuper une place centrale en Europe, François Hollande l'a prouvé. L'influence durable suppose toutefois une amélioration significative des performances économiques nationales et la clarification de la finalité du projet européen, avec l'Allemagne. Elle suppose plus d'imagination et d'engagement. La monnaie unique n'est pas une fin en soi. Elle devait être le socle d'un projet de société qui reste à inventer.

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Sylvie Goulard, Députée européenne ADLE
Parlement européen, rue Wiertz 60 - B-1047 Bruxelles



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