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Salut c’est Lela, 

Il y a quelques semaines, à la suite du décès de George Floyd, de jeunes journalistes m’ont appelée pour me demander des conseils pour naviguer dans l’espace médiatique en tant que personnes racisées. L’une d’entre elles m’a particulièrement touchée. Elle était en pleurs lors de notre premier appel. Il y a trois ans, en juillet 2017, lors de mon premier stage en journalisme, j’étais comme Zora. Je me suis reconnue dans son histoire. Aujourd’hui, je sais un peu mieux comment naviguer dans ces espaces. J’ai décidé d’écrire cet article pour elle, pour que des journalistes racisés qui ont leur métier à cœur n’aient jamais à abandonner leurs rêves. Je pourrais écrire un livre entier sur cette note de transparence. Le sujet de la diversité dans les médias m’habite depuis mon enfance. Enfant, je voyais à la télévision des représentations de mon peuple qui ne ressemblaient jamais à la réalité que je connaissais. En tant que Romni, j’ai précisément décidé de devenir journaliste pour mieux comprendre le monde et changer les perceptions. Les expériences des personnes citées dans cet article, je les ai aussi vécues tout au long de ma carrière encore jeune dans l’industrie médiatique québécoise. Des violences latérales, des nuits sans dormir, des larmes, de la colère, j’en vis beaucoup dans ce milieu. Ces expériences m’ont poussée à aller plus loin et à créer un média où des journalistes comme ceux cités dans cet article puissent s’épanouir en étant eux-mêmes. 

J’ai demandé à Takwa de m’accompagner pour écrire ce reportage difficile. Notre défi a été de trouver des personnes à interviewer qui voulaient témoigner à visage découvert. Les journalistes francophones racisés n’osaient pas discuter de cet enjeu de la même manière que ceux dans les médias anglophones au Canada et aux États-Unis. Je dois dire que nous avons mis du temps à terminer cet article. En discutant, Takwa et moi avons réalisé que c’est peut-être parce qu’il nous touche tellement. Ça fait des semaines que je me mords les lèvres pour ne pas faire mon #MeTwo. 
 

Salut c’est Takwa, 

Allons-y en toute transparence: ce texte a probablement été le plus difficile à écrire de ma vie. Le devoir journalistique et les émotions personnelles ont beaucoup cohabité. De grands bouts de mes entrevues ne paraîtront jamais ici ou ailleurs, parce qu’ils faisaient partie d’un véritable dialogue. Mes sources, c’était un peu moi aussi… Pour l’écrire, j’ai eu à lire et à écouter des experts et des collègues sur le rôle du journalisme et les limites de l’objectivité. Ça a été assez révolutionnaire comme cheminement. Quoi qu’il en soit, je suis fière d’avoir pu contribuer à porter ces voix un peu plus loin.

On espère que cet article touchera les cadres de plusieurs rédactions, et donnera la force aux journalistes racisés de persévérer dans ce qu’on estime être le plus beau métier du monde. 

Bonne lecture !


Lela Savic          et          Takwa Souissi
Rédactrice en chef                          Journaliste Collaboratrice
 

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 Vers l'avant Vers l'avant

Le MeTwo des journalistes

Plusieurs journalistes racisés dénoncent le climat social de l’industrie médiatique. 

Photo: Pablo Ortiz

Depuis la mort de George Floyd, les langues se délient face au racisme systémique. On assiste à un #MeTwo — terme utilisé pour dénoncer les attaques et le harcèlement racistes — dans tous les domaines. Même les journalistes, pourtant habituellement tenus à un devoir de réserve, sortent de l’ombre pour dénoncer le climat parfois lourd qui règne dans leur milieu. 

Certains, comme Maya Johnson, Christine Genier ou Denise Balkissoon, au Canada anglais, ont dénoncé la situation en grande pompe. Démissions, lettres ouvertes, cris du cœur sur Twitter: les témoignages de journalistes racisés sont de plus en plus nombreux. Dans les médias francophones et au Québec, la prise de parole s’intensifie également, quoique plus timidement. Les journalistes approchés pour cet article en avaient long à dire, mais craignaient encore les répercussions sur leur carrière. 

Nous avons parlé à huit journalistes de plusieurs grands médias, incluant Radio-Canada, TVA, Bell Média, CTV et Global News. 

 

Prioriser sa santé mentale… et son talent

Au fil des témoignages, un thème central. Toutes les personnes interviewées ont parlé, d’une manière ou d’une autre, de l’enjeu de santé mentale que soulève la question du racisme.

« Une comme toi, ça va, mais pas plus », a un jour dit un supérieur à Oussayma Canbarieh,  documentariste et journaliste. Avant de se lancer à son compte, Oussayma, qui est d’origine syrienne et porte le hijab, a travaillé pour de nombreux grands médias au Québec. Rapidement, elle a senti qu’il y avait des limites à son inclusion. « C’est subtil : on t’exclut de certaines conversations ou projets, on ne prononce pas ton nom, on ne considère pas tes idées. Parfois, c’est aussi simple qu’un regard qui en dit long… » explique-t-elle.  

Pour Oussayma, il n’était pas question de passer sa vie à se battre pour se faire une place. « Honnêtement, j’admire les gens qui le font, et ça en prend, mais personnellement, ça me draine trop et ça étouffe ma créativité, explique-t-elle. Toute cette énergie, je préfère la mettre dans mes projets et faire ma place autrement. » C’est ce qu’elle a fait en se lançant à son compte, et elle considère que sa carrière va beaucoup mieux depuis. Mieux encore, elle a l’occasion d’offrir du mentorat et des stages à d’autres jeunes journalistes issus de la diversité. Inévitablement, elle les encourage à adopter une vision entrepreneuriale. « Je dis souvent que si tu sens qu’il y a un plafond de verre ou que les portes sont fermées, crée-toi tes propres opportunités ! Démarre un projet, crée un réseau », dit-elle. Plus encore, elle croit que cette vision permet d’aller plus loin et de dépasser les frontières. 

Si Oussayma a décidé de canaliser sa passion à son compte, d’autres journalistes racisés finissent par quitter leur poste ou même carrément le domaine.  

Une voix qui dérange

Elena* est une jeune journaliste noire. Pour elle, le problème commence dès les bancs d’école. Dans sa cohorte étudiante, elle était l’une des rares personnes racisées. « Mes interventions étaient toujours un peu différentes, mes idées et mes questions détonnaient ou créaient des malaises. Ça finit par te faire remettre en question ta pertinence ou même ton intelligence », relate-elle. À un certain point, elle s’est même demandé si elle avait sa place dans le programme de journalisme, un programme qui, à ses yeux, n’offrait aucune perspective différente. « On y apprenait à écrire et à prendre des photos, mais pas à réfléchir au sens du journalisme et à l’impact humain et sociétal, déplore-t-elle. Je me suis même demandé si je devais laisser tomber mes études, je me sentais différente, isolée. Mais je me suis dit que c’est peut-être quand tu es isolé que ta voix compte le plus. » 

À peine sortie de l’université, après quelques expériences de stage, elle se retrouve à Radio-Canada. Une position de rêve pour plusieurs journalistes débutants. Mais Elena a rapidement déchanté. Sur une base régulière, elle essuyait les « blagues, questions douteuses et autres micro-agressions ». Par exemple, alors que l’équipe devait traiter de la nouvelle de l’écrasement de l’avion iranien PS-752 en janvier dernier, impliquant la  morts de Canadiens, un collègue y va de commentaires méprisants envers l’Iran, insinuant que, de toute façon, ceux qui y allaient « couraient après le trouble ». À une autre occasion, après avoir manifesté son intérêt pour une promotion à l’interne, un autre collègue lui lance : « Ouais, c’est sûr que tu vas l’avoir parce que t’es noire ! » Qu’elle soit visée ou non, chacune de ces interactions déplacées vient renforcer son malaise. Parfois, c’est carrément son travail qui est remis en question. « Un chef de pupitre d’une autre région du pays m’a déjà appelée pour m’obstiner pendant 30 minutes pour que je change le terme “racisé” dans un de mes textes. Il disait que c’était un terme politique, dérangeant », raconte-t-elle. À ce moment, elle se souvient clairement s’être sentie étouffée et s’être dit qu’elle ne pourrait pas supporter longtemps un tel environnement de travail.

Après un an, Elena a fait le choix de quitter Radio-Canada. « Pour vous dire la vérité, je n’ai plus envie de travailler avec des médias québécois, lance-t-elle à la dérobée. Il y a des gens qui ont l’énergie pour se battre, mais d’autres pensent à leur santé mentale et démissionnent. Les médias sont en train de perdre des gens talentueux. Je me dis que toute l’énergie que je mets à me battre pour exister, je pourrais l’utiliser pour produire des reportages de qualité et donner une voix à des communautés sous-représentées », affirme la jeune journaliste, qui travaille aujourd’hui dans un média anglophone en Ontario, où elle se sent plus écoutée. « J’ai le sentiment de pouvoir apporter plus dans les médias anglophones », nous confie-t-elle. 

Pour Elena, le devoir de réserve est aussi parfois une façon de faire taire les voix qui dérangent. « C’est facile de parler de neutralité quand ta vie n’est pas en danger. Je suis une journaliste noire, ma perspective est nécessairement différente quand on parle de droits fondamentaux. » Elle remarque un silence radio de la part des journalistes racisés francophones quant aux dénonciations du racisme. « Je pense que la culture francophone est très violente envers les personnes racisées. Il y a toujours un combat du peuple opprimé. » La journaliste estime qu’il y a une forme de violence dans le déni du racisme, qui empêche les personnes racisées de se sentir suffisamment en confiance pour dénoncer le racisme dans les médias francophones. 

Aujourd’hui, les médias d’ici et d’ailleurs sont plus enclins à vouloir inclure ces voix et ce regard différents. Certains font même l’effort d’accorder une place à la diversité sous toutes ses formes. « Oui, on veut les voix, mais comment traite-t-on les individus derrière ces voix ? C’est ce qu’on doit se poser comme question », conclut Elena. 

Si Elena est restée dans le domaine, d’autres l’ont quitté. Nadim Moghrabi, d’origine libanaise, a travaillé il y a plus de 20 ans à Radio-Canada, à Montréal et à Toronto. Les deux expériences ont été totalement différentes pour lui. À Toronto, il a travaillé pendant quatre ans comme journaliste dans plusieurs médias, dont Radio-Canada. Au cours de ces quatre années, il a collaboré à plusieurs émissions culturelles. Il a beaucoup aimé mon expérience et avait l’impression d’être accepté dans mon entièreté. Il a alors quitté Toronto pour revenir à Montréal.  À son retour, on lui a offert un stage comme recherchiste. « Mon passage à Radio-Canada Montréal a duré trois mois, avant d’atteindre l’écoeurantite, relate-t-il. J’ai senti qu’on ne me faisait pas confiance, qu’on me mettait plein de bâtons dans les roues. On ne me donnait pas le moyen de m’émanciper, ce n’était pas une expérience enrichissante. » Il y a maintenant 20 ans qu’il a quitté le milieu médiatique pour travailler dans le domaine des assurances, et il a l’impression que rien n’a changé depuis. 

La sacro-sainte objectivité

Cette notion du politique revient souvent, pour les journalistes racisés. Tous ceux interviewés dans le cadre de cet article croient que le devoir de neutralité ou le concept d’objectivité en journalisme favorise souvent les personnes blanches et a deux poids, deux mesures. 

Durant les années que Pascale* a passées dans une grande salle de presse, ce sentiment d’exclusion affectait son travail. « Je n’avais pas le droit à l’erreur. Les attentes envers mon travail étaient beaucoup plus élevées que pour les autres. C’était épuisant », se souvient-elle. Plus encore, elle a rapidement réalisé qu’on évitait sciemment de lui proposer des opportunités ou des sujets pour lesquels elle était parfaitement qualifiée. « Quand c’est un sujet qui touche ma communauté, par exemple, là je deviens tout à coup pertinente pour mon équipe.  Soudainement, j’ai de la valeur : on veut mes contacts, mon regard… mais pas me mettre devant la caméra. » La goutte qui a fait déborder le vase, pour elle, a été le traitement qu’on lui a réservé à son retour de congé de maternité. « Je me suis sentie comme un numéro, un objet. Et je me suis promis que c’était la dernière fois qu’un homme blanc me ferait pleurer. » 

Pascale se souvient de son malaise au moment du débat social sur le blackface. « Je sentais un stress, le poids de cette fameuse objectivité, reconnaît-elle. Je me sentais étouffée, j’avais besoin de canaliser cette énergie. J’ai démarré un projet personnel en parallèle, où je pouvais interviewer qui je voulais, donner une voix à des gens différents. Ça a fait du bien. » Aujourd’hui, elle constate que les langues se délient. « Beaucoup de personnes racisées ou autochtones sont contraintes à un devoir de réserve. Pas seulement les journalistes, mais aussi les cadres, par exemple. Or, l’audace des activistes qui n’ont rien à perdre et le contexte du mouvement américain leur donnent plus de courage. »  

Aujourd’hui, elle évolue dans un tout autre milieu. « Je n’avais aucun espoir de monter plus haut, de réaliser mes ambitions. Mais je ne voulais pas partir et laisser la salle de presse sans aucune personne racisée. Finalement, une deuxième journaliste noire est arrivée, et j’ai ressenti un soulagement. J’ai démissionné pour ma santé mentale », reconnaît-elle simplement.

 

Trop de non-blancs dans son travail 

Ailleurs au Canada, les dénonciations sur Twitter pleuvent. Mais elles viennent souvent de journalistes établis. Comment les journalistes racisés en début de carrière vivent-ils le milieu ?  Zora a décidé de devenir journaliste dans le but de changer les perspectives. Son premier emploi rémunéré dans l’industrie a été un poste de recherchiste à CTV Toronto. Elle voulait alors mettre en lumière les voix des personnes racisées. Une motivation qu’elle dit avoir clarifiée à l’équipe au moment de son embauche. « On m’a dit que ma voix était importante en citant les autres personnes racisées de la salle de presse comme des “embauches de la diversité”», raconte-t-elle. Mais l’expérience de Zora n’a duré que six semaines, et elle pense que le racisme en est la cause. Son contrat a pris fin alors qu’elle était en formation pour un autre poste au sein de l’entreprise. « Je faisais un effort supplémentaire pour ne pas toujours avoir des invités blancs pour nos panels, confie-t-elle. Un employé sénior m’a alors dit qu’il y avait trop de personnes non blanches dans mes invités et que je parlais beaucoup de questions raciales. » Un commentaire que corrobore un autre journaliste racisé ayant travaillé à CTV, qui préfère taire son nom. « Un collègue blanc m’a fait la remarque qu’il y avait trop de personnes racisées parmi les invités que je choisissais », soutient le jeune journaliste. 

D’après Zora, l’employé sénior de CTV lui a aussi fait des remarques sur son habillement, lui disant qu’elle était « trop modeste ». Il lui aurait aussi dit qu’il était déçu qu’elle ne soit pas d’origine latina, mais plutôt arabe. « Il m’a dit que ça serait mieux si j’étais latina », ajoute-t-elle. Zora affirme avoir entendu plusieurs remarques islamophobes, homophobes et racistes dans la salle de presse de Toronto. « J’ai déjà entendu une employée décrire une animatrice sud-asiatique comme “la femme brune” et lui dire directement “O.K., brown lady” (O.K., femme brune) lorsqu’on discutait de diversité. » Un climat qu’a également vécu le second journaliste de CTV que nous avons interrogé et qui préfère taire son nom. « On faisait des blagues sur l’apparence d’un invité noir qui portait des locks, insinuant qu’il avait l’air sous l’influence de la drogue. Je me souviens d’une autre occasion où on a qualifié un collègue noir qui venait d’avoir une promotion comme “un autre noir qui prend le contrôle” », relate-t-il. Les deux employés n’ont pas fait part de leurs expériences aux ressources humaines par peur de représailles.  Aujourd’hui, la jeune Zora nous raconte en larmes comment son travail visant à valoriser la diversité a été reçu avec résistance. « Je sais que ces salles de presse ne sont pas sécuritaires pour des personnes comme nous. Plusieurs des journalistes racisés qui percent dans l’industrie se plient à la blanchité. Ils ne remettent pas en question les systèmes de pouvoir. Moi, je ne suis pas entrée à CTV avec l’intention de me plier à la blanchité. J’ai l’impression que malgré tous mes efforts, on ne s’intéressait pas au fait que je fasse bien mon travail ou pas ; je dérangeais. » 

La Converse a tenté de discuter avec la directrice générale de CTV, Lis Travers, qui a été en contact avec Zora. Elle n’a pas donné suite à nos demandes et a transféré notre courriel à la directrice des communications, Emilie Young Lee, qui a demandé des précisions. Lorsque nous avons expliqué le motif des demandes et expliqué les faits allégués, celle-ci n’a pas donné suite à nos demandes envoyées le 11 juin dernier. Après une relance le 16 juin, nous n’avons toujours pas reçu de réponse de sa part. Nous avons également communiqué avec l’employé sénior visé par certaines de ces allégations pour lui permettre de les confirmer ou de les nier. Ce dernier nous a plutôt dirigées vers les communications de CTV. Dans une déclaration par courriel, le vice-président des communications de CTV, Scott Henderson, n’a pas voulu confirmer ou infirmer les allégations des deux anciens journalistes juniors de l’entreprise. « Nous ne discutons pas de sujets liés à nos employés, c’est une politique institutionnelle. Cependant, nous prenons ces questions au sérieux. Bell est engagée à bâtir un espace de travail divers et collaboratif, et nous avons pris position contre le racisme », indique CTV. 

 

Le poids des alliés

Et le rôle des alliés, dans tout ça ? Il est crucial, rappelle Oussayma Canbarieh. « Il ne faut pas oublier que sans les alliés en position de pouvoir qui nous donnent une chance ou nous poussent à aller plus loin, ce serait difficile de se faire une place. »

Mais ce rôle n’est pas toujours de tout repos. Dominique Charron  a dû elle aussi quitter un poste d’édimestre en 2017 chez Espaces autochtones, pour fuir un climat qu’elle jugeait toxique. En tant qu’alliée et femme blanche, elle aussi se sentait étouffée par le climat qui régnait dans les médias québécois. Les événements des derniers mois l’ont inspirée à prendre la parole. Encore une fois, les commentaires déplacés étaient toujours à la limite de l’acceptabilité sociale, entre un clin d’œil et un rire, dit-elle. « Je me souviens d’une collègue qui était allée faire un reportage dans une communauté mohawk. À son retour, un pupitreur lui a dit “Ah, ils t’ont pas gardée, les Mohawks ?” (en insinuant une nature violente). Je n’en étais pas revenue », se remémore-t-elle.

Pour Dominique Charron, il était inconcevable de travailler dans un tel média sans comprendre le rôle d’un média autochtone et sans tenter de développer de réels liens avec les communautés. « Je percevais le fond de non-empathie. C’était une approche assez superficielle », note-t-elle. 

En quittant son poste, Dominique a écrit aux ressources humaines, mais a aussi rédigé un statut Facebook pour dénoncer certaines de ces pratiques. « Je sais que quelques-uns de mes collègues qui ont réagi positivement à ma publication ont subi des sanctions. » La Converse a obtenu une copie d’un courriel de la direction d’Espaces autochtone à l’attention des supérieurs des journalistes de Radio-Canada qui ont aimé la publication du statut de Dominique. 

Aujourd,hui elle estime que sa parole est importante pour faire avancer les choses sur la question de la diversité dans les médias. « C’est difficile et délicat, mais c’est à force de nommer les choses qu’elles vont changer. » 

Questionné au sujet des témoignages de Dominique et d’Elena*, le directeur de la diversité de Radio-Canada, Luc Simard, a indiqué par courriel qu’il ne pouvait pas commenter ces expériences, car n’était pas au courant de celles-ci. Il nous a dirigées vers le directeur des communications Marc Pichette, qui a dit prendre ces allégations au sérieux et avoir l’intention de les faire suivre aux directions concernées. Concernant le témoignage de Nadim Moghrabi, Radio-Canada n’a pas voulu commenter la situation de l’an 2000.  « CBC/Radio-Canada s’est fermement engagée à combattre le racisme sous toutes ses formes. Les comportements ou propos racistes sont inacceptables dans nos lieux de travail » a ajouté Marc Pichette dans son courriel.

Et maintenant ? 

Toute dénonciation ne vaut que par la solution ou le changement qu’elle amène. 

Elysia Bryan-Baynes, une journaliste noire retraitée de Global Montreal, propose plusieurs pistes de réflexion. Pour elle, les commentateurs et chroniqueurs devraient être plus diversifiés au sein des médias. « Je pense que c’est sur ce point que nous devons travailler. Donner une valeur à l’opinion professionnelle des personnes racisées, les mettre de l’avant, c’est un pas important. » Elle croit d’ailleurs qu’il y a une conjoncture favorable à saisir actuellement. « Il faut comprendre qui sont les alliés et ne pas baisser les bras. Vous avez autant de droits que les autres, et les gens comprennent de plus en plus que le racisme est très souvent subtil, systémique. »

En ce sens, de nombreuses réflexions ont été entamées pour assurer une véritable inclusion de la diversité au sein des médias traditionnels. En juin dernier, un panel organisé par l’organisme américain Poynter s’attardait aux moyens pour les journalistes racisés d’élever la voix sans perdre leur emploi.

En voici quelques-uns : 

  • Trouver un ou des alliés pour dénoncer une situation en groupe. 

  • Ne pas se concentrer sur l’objectivité, mais plutôt sur la transparence, la précision de l’information et la bonne foi. 

  • Ne pas hésiter à ouvrir la discussion et à dialoguer avec les gens qui ont une vision différente.

  • Tenir son bout devant un rédacteur en chef ou un chef de pupitre, dans le respect et la présentation d’informations claires. S’il manque de temps et que le journaliste doit lâcher prise, revenir sur le sujet plus tard afin d’éviter que cela se répète. 

  • Sur le plan personnel, se souvenir de ses valeurs et ambitions pour garder la motivation. Faire des affirmations positives.

  • Trouver des moyens de canaliser ses émotions. Cela peut être dans le cadre de safe spaces ou de discussions avec d’autres journalistes racisés.

Évidemment, le poids repose également et surtout sur les rédacteurs en chef et les institutions afin de défaire les mécanismes à la source. Cela a été longuement reconnu, discuté, étudié. La prise de parole publique contribuera certainement à l'accélération du processus. 

Et vous, quel est votre #metwo ?
 
Ressources:
Canadian Journalists of Colour (Journalistes racisés du Canada) est une communauté de soutien sécuritaire pour les journalistes canadiens racisés. Un chapitre québécois existe aussi. On y partage des offres d’emploi, formations, conférences, conseils, et parfois, on râle.

L’Association canadienne des journalistes noirs (CABJ) offre des services de mentorat et des formations aux journalistes noirs.

Sur l’application SLACK, le groupe JOC, Journalists of Color, permet à des journalistes racisés du Canada et des États-Unis de se réunir et de s’entraider.

L’organisme américain Poynter a organisé un panel pour les journalistes racisés sur la manière de couvrir les questions raciales dans un média traditionnel sans se faire virer. 

Précis à l’usage des journalistes qui veulent écrire sur les Noirs, les musulmans, les Asiatiques, les Roms, les homos, la banlieue, les juifs, les femmes..., éditions Le Cavalier Bleu, 2015, France
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